Quelques textes en vrac

18 juin 2009

Défis écriture : Le travail.

Maison de l‘Impostaire, La Grand’ Combe. Une nuit d’hiver. 1963.

La faible lueur de la bougie forçait Pierrette à plisser les yeux afin de ne pas rater l’ourlet qu’elle confectionnait. Elle ne pouvait utiliser sa vieille machine car elle faisait plus de bruit qu’un portail rouillé. Dans la pièce à côté ses filles étaient profondément endormies, aussi elle tachait d‘être la plus discrète possible. Si elle voulait avoir la possibilité de garder des enfants et faire quelques ménages le jour, il lui fallait à tout prix coudre la nuit.

Elle n’était pas mécontente, le costume bleu marine qu’elle s’apprêtait à finir lui rapporterai quelques sous de plus. Ca ne ferait de mal a personne vu la maigre pension de veuvage que les mines lui versaient.

Son mari Adrien, l’amour de sa vie, était mort quelques mois plus tôt d’un cancer foudroyant, la laissant seule avec leurs cinq filles.
Il avait eu la possibilité de passer Chef d’équipe, un poste de grande responsabilité, mais il avait refusé. Adrien était né à la Grand’ Combe et une grande majorité des mineurs étaient ses amis d’enfance. Comment aurait-il pu leur donner des ordres ?
Il avait le cœur sur la main, « son Adrien » était l’homme le plus gentil qu‘elle ait connu. C’était un père aimant et un époux attentionné. Pour couronner le tout il était grand et beau et ressemblait à Jean Marais ! Elle feignait de ne pas s’en rendre compte lorsqu’on lui faisait la remarque, mais elle en avait pleinement conscience. Et c’est elle qu’il avait choisit, une petite sicilienne d’un mètre cinquante au caractère bien trempé. Lors de leur première rencontre elle ne parlait pas encore un mot de français et lui s’intéressait déjà à elle.
Des larmes coulaient machinalement le long de ses joues  rebondies, comme à chaque fois que son esprit évoquait le souvenir d’Adrien. Ses pleurs étaient sans bruit, sans sanglot.

Elle sursauta en se piquant le bout du doigt et vit se former une petite perle de sang rouge vif. Pierrette se ressaisit, prise de colère envers elle-même. Elle devait relever la tête, ne pas se laisser aller, pour ses filles. Sa famille avait besoin d’elle. Elle termina le col de la veste bleu-marine, plia le costume en cours de confection et le remisa sur la commode de la cuisine.
Avant d’aller se coucher, elle fit un détour pour veiller à ce qu’aucune de ses filles ne prenne froid en tirant les couvertures. L’ainée avait un petit lit étroit pour elle seule. Les quatre autres partageaient un grand lit. Pour bénéficier d’un peu plus d’espace elles dormaient intercalées, deux à la tête du lit, deux aux pieds.

Elle souffla enfin sa bougie et sombra en quelques secondes dans le plus profond des sommeils.

Quatre heures plus tard Pierrette s’activait déjà dans sa cuisine pour préparer le petit déjeuner de la maisonnée. De grands bols de lait chaud et des tartines de pain attendaient sagement que les dix paupières daignent s’ouvrir et venir s’y intéresser. Une heure plus tard c’était l’effervescence. L’ainée criait sur la deuxième pour une affaire de vieux « Salut les copains » déchiré, la troisième enfilait ses vêtements l’air encore hagard et la quatrième tentait tant bien que mal de lisser les cheveux emmêlés par le sommeil de la petite dernière. Enfin celle-ci posait toutes sortes de questions à sa mère qui répondait à chacune d’entres elles un peu agacée car occupée à ranger la cuisine. cinq enfants pouvaient mettre une quantité record de désordre en un laps de temps tout à fait réduit.
A sept heure, tout le monde était parti pour l’école et Pierrette avait enfilé ses vieilles bottes percées et son panier pour partir sous la neige en direction du marché.
Sur place, elle n’avait ni le temps ni le cœur de trainer à discuter. Elle rentrait déposer ses achats pour repartir faire quelques ménages chez des gens qui n’avaient pas un grand sens de l’ordre ni de la propreté.
Certains affectionnaient particulièrement Pierrette car elle était la seule à accepter de se faire rabrouer sans réagir. Elle n‘en avait cure, elle avait bien d‘autres soucis en tête et une famille à nourrir. D’autres la prenaient pour une idiote, sourde de surcroit, réaction apparemment logique à un accent italien prononcé. Après plusieurs heures passées à frotter un sol crasseux à quatre pattes, harassée, elle pouvait rentrer chez elle préparer le repas de ses filles.

Pierrette adorait sa maison. Son mari l’avait construite de fond en combles et  s’était donné du mal, aussi elle était chaleureuse et spacieuse. Du moins elle avait été spacieuse jusqu’à ce que ses parents ne débarquent de Sicile et investissent la totalité de l’étage. Ils représentaient deux personnes de plus à sa charge et c’est pourquoi les temps étaient si durs. Si Pierrette ou son mari attendaient une quelconque marque de reconnaissance ils auraient été bien déçus. Une fois encore Adrien avait fait preuve d’une grande indulgence et acceptait patiemment la situation, mais depuis sa mort ils avaient recommencé à être violents avec elle. Coups de canne et réflexions acerbes l’attendaient au premier étage, mais ils étaient ses parents alors elle l’acceptait. Ils avaient eu sept enfants et Pierrette était ce que l’on appelait en Sicile « la fille sacrifiée». Celle qui élève les plus jeunes, gère la maison, les repas et plus tard s’occupe des parents lorsqu’ils ne le font plus eux même. C’était son sort. Plus jeune, elle avait pourtant eu des rêves et quelques ambitions. Elle avait un temps enseigné comme maitresse d’école avant de venir en France avec son frère ainé.

Pour l’heure elle avait une quantité de choses à gérer. Régler le problème d’électricité de la maison en était une. Depuis qu’elle dépannait elle-même ce type d‘ennui, la situation s’était insidieusement dégradée. Aussi lorsqu’elle étendait son linge mouillé sur les cordes de métal situées dans le jardin, elle prenait systématiquement une petite décharge électrique. Cela peut surprendre la première fois mais lorsque l’on est au courant du phénomène on évite de laisser trainer ses oreilles trop près des cordes, c’est aussi simple que cela. Ce type d’incident ne concernait pas uniquement le domaine de l’électricité malheureusement. Mais après tout à force de se charger de l’entretien complet de la maison ses lacunes diminuaient. Elle était passée maître en matière de rafistolage. Elle préférait en plaisanter en affirmant haut et fort à ses filles qu‘un jour elle construirai un château ! C’était là la plus grande des qualités de Pierrette, relativiser et plaisanter de tout. C’était son moteur pour ne jamais baisser les bras.

Après avoir remplit les estomacs et plongé le nez dans le compteur électrique sans pouvoir déceler d’où venait le problème, Pierrette s’accorda quelques minutes de repos. A peine assise à sa table elle failli sombrer dans ce qui aurait pu être une sieste lorsque les voisines vinrent lui confier leurs enfants pour l’après midi. Les cinq marmots étaient très jeunes ou en bas âge et nécessitaient toute son attention.

Une fois arrivés il ne fallait pas s’attendre à chômer. Ils étaient sorti du landau, allongés sur le lit, dépouillés du lange souillé, lavés, essuyés, talqués, changés, rhabillés et couchés tour à tour.  Le tout, évidement accompagné de bruits et de paroles qui provoque l’hilarité chez tout bébé qui se respecte. Pierrette savait y faire avec les enfants et les enfant adoraient Pierrette.
Une fois les bébés couchés elle se retrouvait avec cinq langes de tissu maculés à laver au dehors par temps de neige, à la main. Autant dire que cette tache douloureuse prenait du temps. La suite n’était pas beaucoup plus reposante puisqu’il fallait prévoir le gouter des dix enfants puis le repas du soir.

Au retour de l’école ses filles courraient dévorer leurs tartines puis se plongeaient dans leurs devoirs, non sans que Pierrette ait du les y pousser un certain nombre de fois. L’instruction était une chose primordiale pour elle. Pierrette poussait ses filles à faire des études et souhaitait qu’elles obtiennent plus tard le baccalauréat afin d’avoir toutes les chances  de faire un bon métier. Elles étaient toutes intelligentes et elle en était très fière. Son seul regret était de ne pouvoir les aider, mais vu sa façon d’écorcher les mots elle ne leur aurait pas rendu service en fourrant son nez dans les devoirs. Elles s’arrangeaient entre elles, les plus grandes aidant les plus jeunes.

L’heure du repas arrivait vite et avec lui son  lot de discussions animées. Pierrette adorait écouter ses filles parler toutes en même temps. Elle leur posait milles questions sur leur journée et ce qu’elles avaient appris a l’école. Mais elles ne parlaient que de récréation et jeux de garçon. Dans une fratrie uniquement composée de filles, on court, on se bat et on grimpe aux arbres. Les siennes affectionnaient les films de cape et d’épées et fabriquaient elles-mêmes des costumes entiers à partir de feuilles de châtaigner et de longues aiguilles de pins. Les arcs et épées étaient de bois et de bâtons. Elles pouvaient jouer ainsi des heures durant le dimanche après-midi.
Elles aimaient aussi les jeux de filles. A défaut d’avoir assez de poupées ce sont les chatons qui se voyaient affublés de bonnets de nuit et couchés de force dans le petit landau de bois fait par leur père à l’occasion d’un noël. Ces animaux étaient bien braves…

Après le repas le père de Pierrette qui ne descendait pour ainsi dire jamais -c’est elle qui montait le repas chaque midi et chaque soir - s’occupait personnellement de la prière. Il obligeait ses petites filles à s’agenouiller par terre, durant 30 minutes chaque soir et à écouter son interminable litanie latine. La prière prenait fin une fois tous les saints de la création évoqués et chacun d’entre eux ayant reçu son « prega per noï ».
Enfin, au grand soulagement de ses filles, Pierrette prenait le relais et racontait aux plus jeune une histoire passionnante dont elle avait le secret.

Une fois endormies Pierrette éteignait leur bougie et partait allumer la sienne, son nécessaire de couture à la main.

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05 mai 2009

Défis écriture : Froid/Animal

Je n’ai jamais rien connu de meilleur au monde que de sentir la douce chaleur du soleil se diffuser dans tout mon corps un matin d’hiver. L’épaisse fourrure qui recouvre la totalité de ma peau est une première protection fantastique. Mais de la chaleur je n’en ai jamais assez. Et le soleil… mmmh quel bonheur !

Il me sèche bien un peu la truffe mais en trois coups de langue bien placés je l’humecte sans mal.
Mon maître, lui, porte d’épaisses couches de vêtements sur sa peau nue mais le tissu ne lui apprend jamais comment réguler la chaleur naturelle de son corps. Souvent je lui montre comment faire, comment accélérer ou ralentir sa respiration pour cela, mais il s’obstine à ne pas vouloir comprendre.
L’homme a pourtant été un animal un jour. Je le sais, je l’ai vu. Lorsqu’il a froid il possède le réflexe systématique d’hérisser son poil clairsemé pour gonfler une fourrure qui n’existe visiblement plus depuis longtemps. C’est comme cela que je m’y prends les nuits d’hiver pour conserver mieux ma propre chaleur. Evidement sur lui cela ressemble d’avantage à la chair d’une poule que l’on vient de plumer.

Il est très frileux. Cette nuit j’ai dormi contre lui afin de lui transmettre un peu de tiédeur mais cela n’a pas suffit. Je l’ai senti greloter sans arrêt.

J’ai de la chance, mon maitre est un très bon maitre, nous formons une toute petite meute mais elle fonctionne bien. Souvent dans le parc, je vois bien des chiens à qui l’on indique où marquer son territoire, que l’on attache par une corde au cou ou pire à qui l’on enserre le museau pour tuer le moindre instinct. D’autres ne sentent pas le chien. Parfois, pas même l’humain mais des odeurs artificielles infectes. Ils sont affublés de manteaux et bonnets ridicules, de vrais petits humains, peuh ! Mes coussinets se glacent sous l’effet de l’herbe gelée, mais je suis un chien, un CHIEN ! J’ai même vu un jour un jeune chiot porter les mêmes vêtements que sa maitresse, et une autre à demie enfermée dans un sac ! Empêcher un chien de marcher… J’aurais tout vu ! Je les plains car la plupart d’entre eux en sont pleinement conscients et honteux, mais d’autres trouvent cela normal et s’identifient à leurs maitres. C’est terrifiant.

Mon chef de meute dort encore profondément. Il est serein, les battements de son cœur son lents et réguliers. Il doit rêver car il bafouille des bouts de phrases dans son sommeil. Souvent je me demande ce qu’un humain peut rêver… Fait-il comme moi des rêves de chasse au lapin ? Aime-t-il cela autant que moi ? Contrairement à la plupart de mes congénères, mon chef de meute me laisse chasser. Ho bien sur nous ne chassons pas le lapin puisque je ne vis plus à la campagne comme dans mon enfance, mais en ville. Alors j’ai adapté ma façon de chasser. Mais je chasse librement ! Quel plaisir ! Je n’ai jamais rien connu de meilleur au monde qu’une bonne partie de chasse ! Mon maitre est le mâle dominant, je partage toujours mes victuailles avec lui. Il est très généreux, il partage également les siennes. Une belle meute, une très belle meute…

Chaque jour nous veillons l’un sur l’autre. Lui se sert de ses yeux et de ses mains, moi de mes oreilles et de ma truffe. S’il dort en paix la nuit, c’est parce qu’il sait qu’au moindre bruit suspect je le préviens. J’entends toujours tout bien avant lui. Il se fie à moi, il sait que si le danger approche je montrerai mes crocs les plus pointus et pousserai mon grognement le plus rauque. Sa voix est fluette et ses dents plates, mais on sent chez lui une ténacité et une force de caractère digne d’un chien ! Il sait défendre nos biens. Lui aussi me protège, c’est un bon chef de meute.

Ca y est, je ne tiens plus en place il faut que je m’étire, baille un grand coup et me dégourdisse les quatre pates. Mmmmmh je n’ai jamais rien connu de meilleur au monde que de s’étirer pate après pate.

Son sommeil commence à se faire long, il me tarde qu’il ouvre les yeux et que l’on parte pour notre promenade matinale. Mon maître me gâte, ce matin il me traitera comme un roi, comme toujours. Caresses, gratouilles sur le ventre et derrière les oreilles, promenade, petit déjeuner et grand air. Une vie rêvée pour un chien.

A cette idée ma queue s’emballe toute seule, parfois je me dis qu’elle est dotée d’une vie propre tellement je ne la maitrise pas. Tant pis, il ne se réveille pas je vais le tirer de son sommeil moi-même. Je m’en vais fouiller sous le carton qui nous sert d’abris l’hiver en quête de son cou pour y coller ma truffe glacée, la méthode a fait ses preuves bon nombre de fois ! Il pestera mais j’aurais déjà droit aux premières caresses de la journée.

Je n’ai jamais rien connu de meilleur au monde que la confiance et l’amour de mon maître, il est vraiment le meilleur qu’un chien puisse avoir.

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14 janvier 2009

Conte de noël de la crypte

- « Allons…

Allons Pierre ! Si tu ne vas pas te coucher sagement le père noël pourrait changer d’avis. Serais-tu content de n’avoir aucun présent, dis moi ? »

 

Pierre montait lentement les marches de l’escalier en bois qui menait à sa chambre. La chaleur de l’âtre, l’odeur du sapin fraichement coupé et les lumières féériques diffusées par les guirlandes multicolores l’attiraient irrésistiblement à rester au salon.

 

- « Mais maman, chaque année tu m’envoies au lit, et chaque année je rate son passage ! Je VEUX voir le père noël ! Pourquoi m’en empêcher ? »

- « Imagines-tu vraiment que le père-noël a le temps de bavarder avec chaque enfant à qui il apporte des cadeaux ? »

 

Pierre préféra réfléchir à deux fois avant de répondre, car il savait avoir l’art d’agacer sa mère lorsqu’il lui répondait du tac au tac. S’il était possible pour le Père-Noël de visiter les foyers de la planète entière ou vit au moins un enfant, et ce, en une nuit, alors pourquoi ne pas leur faire un brin de causette ? …Pierre soupira.

 

- « Non maman, ça lui prendrait bien trop de temps… »

 

A contre cœur il acheva de monter le grand escalier, franchit le seuil de sa chambre et se laissa finalement border sans plus rechigner. Lorsque la lumière fut éteinte et ses parents couchés à leur tour, Pierre sauta hors du lit, enfila sa robe de chambre et tira son grand tabouret jusqu'à la fenêtre.

Il commença alors une longue attente. Après avoir manqué une bonne dizaine de fois de s’endormir sur place et tomber du tabouret, un tout petit tintement vint chatouiller ses oreilles.

 

Sursautant il colla son nez et ses mains à la vitre à demie givrée et chercha éperdument dans le ciel étoilé. Aux premiers regards il ne vit rien. Mais à force de fouiller l’immensité qui s’offrait à lui il aperçut une minuscule petite lumière au loin. Il força du regard et reconnut finalement le légendaire renne à la truffe lumineuse qui éclaire la route du père Noël ! Derrière lui il vit d’autres rennes puis un gros bonhomme tout de rouge vêtu dans un superbe traîneau portant une immense hôte emplie de présents. Le doute n’était plus possible !

 

Par chance le magnifique traîneau lumineux prit la direction de son quartier.

 

Le cœur battant à tout rompre il dévala les grands escaliers qui menaient au salon et se posta derrière le grand fauteuil, scrutant l’âtre.

 

Un moment plus tard dans un grand fracas le traineau se posa sur le toit de la grande maison. Pierre vit quelques dépôts de suie dégringoler du conduit de la cheminée sur le feu qui brulait encore joyeusement. Il eut un instant de doute mais vit que les flammes jaunes prenaient une couleur verdâtre et diminuaient en petites flammèches, jusqu’à disparition complète.

La lueur et la chaleur que le feu distribuait dans la pièce ne diminuaient pourtant pas. Pierre était émerveillé, il vivait le plus bel instant de sa vie.

Une première botte noire à grosse boucle fit son apparition. Le cœur de Pierre s’emballa de nouveau. Il était là, et il aurait cette année le privilège de le rencontrer !


La botte noire laissa apparaître sa jumelle, et toutes deux vinrent se poser devant l’âtre dévoilant un postérieur d’un rouge sang tout en rondeur. Le gros bonhomme dégagea son buste du conduit puis son bras, cherchant une prise à laquelle s’agripper. La main gantée s’accrocha alors malencontreusement au gros clou qui maintenait l’énorme chaussette que Pierre avait planté. Le gant de cuir du père noël vola comme au ralentit et vint tomber dans un bruit mat sur le tapis du salon. Le regard de Pierre se porta alors sur la main du Père Noël et ce qu’il vit alors le stupéfia.

Au lieu des doigts courtauds et boudinés auxquels il s’attendait, ceux qu’il découvrit étaient squelettiques. Chacun comportait le bon nombre de phalanges, mais ni chair, ni tendons ni cartilage.

Pour achever son élan de maladresse, cherchant toujours une prise à laquelle s’agripper, le père-noël recula d’un pas pour extirper sa tête, se prit les pieds dans le tapis du salon et vola en arrière pour atterrir sur son postérieur rond.

Un juron se fit alors entendre :

 

- « Satanés abrutis ! A-t-on idée de coller des tapis aussi épais près d’une cheminée ! »

 

La voix était rauque et caverneuse. elle se fît plus sarcastique, singeant une voix féminine :

 

-  « Regardez mon magnifique tapis ! Je soigne mon intérieur, je suis une femme comblée et épanouie, toute mes voisines son jalouses de ma déco d’intérieur ! Et bla bla bla… Pffff j’vous jure ! »

 

La créature se releva difficilement, apparemment peu habituée à cette corpulence et visiblement très agacée. Les os qui lui servaient de main firent basculer son capuchon en arrière puis sauter le deuxième gant. Un squelette ! Un squelette avait pris la place du Père Noël !

 

La panique pris le dessus et, ne sachant d’où lui venait cette idée idiote, Pierre sortit de sa cachette afin de rejoindre les escaliers et échapper au regard de l’intrus.

Evidement celui-ci s’aperçut de la présence du petit Pierre.

 

- « C’est bien ma veine, un marmot ! Allez, viens voir un peu là gamin. »

 

Pierre, qui s’était stoppé net dans sa course, se retourna vers lui et fit un pas hésitant en arrière.

 

- « Ben quoi ? Tu veux pas causer avec Papa Noël ? Tu te caches derrière un bête fauteuil pour me voir et quand tu en as l’occasion, tu changes d’avis ! Ces humains… »

 

L’étrange Père Noël  fit un immense pas en avant, attrapa Pierre à la volée et s’installa dans le grand fauteuil, le jeune garçon sur les genoux. Il le scruta.

 

- Ben ça va pas ? T’as l’air tout palot gamin ! »

 

Il fouilla l’intérieur de son costume et en extirpa deux cigarettes allumées, une qu’il se colla entre les dents et l’autre qu’il enfonça dans la bouche de l’enfant avant de partir dans un monologue interminable.

 

- «Tires bien dessus ça t’redonnera des couleurs ! Bon, t’es bien installé, la marque de clope te convient – Pierre avait craché la cigarette et toussait maintenant à s’en faire exploser les poumons - on peut donc commencer ! Ce cher Papa Noël tant aimé des stupides petits humains a eu l’heureuse idée, j’t’en foutrais des idées pareilles, de glisser sur la neige dans la grande allée qui mène à sa demeure. Evidement, il s’est cassé le col du fémur, rien que ça ! Mais oui mon petit Monsieur, c’est qu’il se fait vieux Papa Noël, depuis qu’on vous l’répète ! Mais vous, vous n’écoutez rien, bande de petits égoïstes et vous tirez sur la ficelle jusqu'à ce qu’elle rompe. BREF, Les instances supérieures ont pris une fâcheuse décision qui ne m’arrange pas, mais alors pas du tout ! Fallait qu’un couillon le remplace bien sur, c’est pas comme si vous étiez déjà gâtés et gras et qu’une fête de noël manquée allait vous faire du bien ! J’vous jure !

Je disais donc que les deux grands cons tout en haut et tout en bas n’ont rien trouvé de mieux que de coller ça à cette bonne vieille MORT ! Et moi j’vous l’dit, le rouge ça boudine et la hotte c’est nettement plus lourd que la Faux !

 

A l’évocation du nom de la Mort Pierre paniqua de plus belle à l’idée qu’un membre de sa famille, peut être lui même, allait y laisser sa peau.

La Mort était une créature très intuitive et psychologue, du moins le pensait-elle. Mais ce qu’elle se gardait bien de dire est qu’elle possédait la faculté de lire dans la pensée humaine –  « Pitié, pourquoi moi ? » était d’ailleurs la phrase qui revenait le plus couramment à ses oreilles – elle su donc rapidement ce qui effrayait le petit Pierre. Dans un élan de bonté elle tenta de le rassurer.

 

- «  N’aie pas peur Gamin, je suis très arrangeante tu sais. Je n’ôterai ni ta vie ni celle de tes parents. Tu n’auras qu’à me filer ton hamster ou ton chien tout au plus ! »

 

Dans un élan d’autosatisfaction elle se leva subitement, écrasant son mégot rougeoyant sur le bras du fauteuil, et trébucha sur Pierre qui s’était retrouvé projeté à quatre pattes sur le tapis. Elle se retourna brusquement vers lui, furieuse, le foudroyant de ses orbites creuses et noir de jais.

 

Ne brandissant rien du tout elle leva un poing vide vers le ciel et entonna de sa voix la plus sonore et monocorde :

 

- « Ton heure à sonné jeune humain, ton corps ne t’appartient désormais plus, ton âme je fauche en cet instant. L’heure de ton jugement à sonné, rejoins ton créa ! »

 

Elle se rendit compte que sa main ne faucherait pas grand-chose cette nuit puisqu’elle avait dû confier sa faux pour une révision complète, et se rappela par la même quelle était sa mission. Elle s’adressa à nouveau au jeune garçon, pleine de lassitude cette fois.

 

- «  Bon… allez, relève toi gamin, on passe aux cadeaux. »

 

Oubliant toutes les recommandations du vieux sénile plâtré, elle choisi le cadeau de Pierre au hasard de ses mains osseuses. De toute façon elle avait perdu la liste de souhaits qu’elle s’était vu confier.

Elle extirpa de la hotte un magnifique paquet violet au ruban orange superbement ficelé. Les petits esclaves du Père Noël avaient sacrément bien travaillé. Cette idée lui donnait envie de vomir. Toute cette main d’œuvre gratuite employée à perdre bêtement son temps, alors qu’elle n’avait droit qu’à quelques maigres esclaves ! C’était autrement plus classe de bosser pour la Mort, elle était sûre que nombre d’entre eux préfèreraient être à ses ordres si on le leur proposait. Quel gâchis !

Elle tendit le présent au petit garçon qui hésita un instant. Le cadeau lui faisait peur, mais il n’avait pas envie de contrarier cet hôte imprévisible. Il tira prudemment sur le gros ruban. Aucune mauvaise surprise, le couvercle glissa sans mal et laissa apparaitre un papier froissé protégeant un jouet neuf et étincelant. Les petits doigts ôtèrent la dernière protection et Pierre ne pu alors que constater qu’il avait pour ce noël si particulier une magnifique poupée blonde vêtue d’une robe de princesse toute en tulle. Elle portait un diadème, une baguette magique et des souliers pailletés. Il força sa bouche à esquisser un sourire en se tournant vers la mort et parvint même à articuler trois mots.

 

- « Merci Père Noël »

 

La fierté emplit la Mort, ravie de cette tâche accomplie  à la perfection, comme tout ce qu’elle entreprenait par ailleurs. Elle se leva et s’adressa une dernière fois au jeune garçon, avant de le quitter.

 

- «  Tu n’oublies pas quelque chose gamin ? Et notre deal, mmh ? 

 

Allons…

Allons Pierre ! Si tu ne tiens pas tes promesses sagement le Père Noël pourrait changer d’avis. Serais-tu content de le voir rester jusqu’au réveil de papa et maman, dis moi ? »

 

La mort s’en fut comme elle était venue, Pierre était le premier enfant visité. Elle pensait à tous les petits curieux désobéissants qui auraient la chance de la rencontrer, finalement elle ne regretterait pas la nuit qui s’offrait à elle, offrir un peu de bonheur lui changeait de la routine.

Elle remonta enjouée à bord du traineau, un petit chaton pendu par la peau du dos entre le pouce et l’index…

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18 novembre 2008

Défis écriture : Zombis / Moyen âge

Tom releva la courtepointe jusque sous le nez de sa jeune épouse encore endormie pour la préserver du froid de l’hiver. Comme elle était belle et douce ! La chaleur de la couche l’appelait irrésistiblement à se replonger sous les couvertures, mais il savait devoir régler cette affaire qui le tracassait depuis plusieurs jours déjà. Au plus tôt il partirait, au plus tôt il serait de retour.

Il remua les quelques braises encore rouges dans l’âtre et ajouta une petite bûche pour qu’Edoras n’ait pas trop froid lorsqu’elle se lèverait. La minuscule chaumière était difficile à chauffer vu son grand âge, mais ce foyer était le leur et il y faisait bon vivre. Edoras avait fait du bon travail en ajoutant quelques touches tout à fait féminines qui avaient rendu à la chaumière un semblant de jeunesse.

Dehors le blizzard ne cessait de souffler depuis trois jours pleins et la neige tombait à gros flocons. Tom enfila son épais pourpoint, noua sa grande écharpe sur la partie basse de son visage et remonta son chaperon de telle sorte que seul son regard sombre était visible.
Il jeta un oeil au dehors, il faisait encore nuit, Tom voulait arriver dans la Passe des Frigères dès le jour naissant. C’est là bas qu’il l’avait vu, déjà deux fois, trop effrayé pour tenter quoi que ce soit.

Il avait croisé des meutes de loups affamés chaque hiver, mais celui n’était pas comme les autres. Il chassait seul. Mais si l’excentricité du loup se résumait à cela, Tom aurait passé son chemin. Il connaissait le regard affamé de la meute au creux de l’hiver, cette bête là avait de la folie dans le sien. Il ne chassait pas pour apaiser une faim qui triture les entrailles, il chassait pour le plaisir de tuer. Tom l’avait lu dans ses yeux. La deuxième fois il l’avait trouvé de dos, penché sur le corps sans vie de sa victime se repaissant de son cerveau. Le loup ne l’avait étrangement ni entendu ni même senti arriver. Tom était resté sans voix, hypnotisé par cette scène écoeurante qui lui avait valu de violents haut-le-cœur. Mais il n’y avait pas que le comportement de la bête qui le troublait, son apparence physique était affreuse. Il avait du se battre longuement car, Tom n’osait croire ce que ses propres yeux lui révélaient, un énorme trou à l’arrière du crâne laissait entrevoir son cerveau. Tout du moins le peu qui dépassait de la boite crânienne puisqu’elle ne contenait pour ainsi dire plus rien. Les yeux exorbités et injectés de sang de ce qui avait été un loup avait convaincu Tom qu’il devait prendre ses jambes à son coup et revenir armé convenablement.

Il attacha donc le lourd ceinturon autour de sa taille, y ficha sa dague et enfila son arc sur l’épaule.

Le jeune paysan jeta un dernier regard en direction du rideau qui séparait la pièce principale de la petite chambre, puis s’en fut dans le froid glacial. Au dehors Pomme, sa vieille jument le salua d’un grognement. Tom traversa le froid pour rejoindre l’écurie toute chaude et gratifier la croupe de Pomme d’une belle tape. Le museau chaud et humide vint fouiller sous le capuchon à la recherche du visage de son maître.

- « Non ma belle, tu ne viens pas avec moi cette fois, c’est bien trop dangereux pour toi dehors. J’ai besoin de toi ici. »

Tom se décida enfin à quitter la maisonnette réalisant que visiblement il était en train de repousser l’échéance du départ.
Il franchit les limites de son champ et entama sa longue marche d’un pas décidé.

Il marcha probablement deux heures à travers bois en direction de la Passe des Frigères, le temps est difficile à évaluer par une telle tempête. Tom ne pensait pas au vent qui pénétrait ses vêtements et lui glaçait les os ni aux flocons qui s’accrochaient à ses cils et lui brouillaient la vue. Il venait du nord-ouest comme l’indiquait son nom, Tom Noroît n’avait pas peur de l’hiver. Il était toutefois transi mais le froid qui le glaçait venait de l’intérieur, il devait revoir et éliminer cette aberration. Tom essayait de se donner du courage car il n’aimait pas bien abattre un animal sans qu’il eu besoin de se nourrir. Mais celui-ci n’en était plus vraiment un. Celui qui avait été un Loup puissant n’était plus qu’une bête assoiffée de sang.

Soudain une frondaison glacée vint violement le frapper au visage. A peine eut-il le temps de sortir de ses pensées, que dans un immense courant d’air froid une masse venue de nulle part lui tomba lourdement dessus. Il roula sur le sol enneigé avec ce qui semblait être une forme humaine. La seconde suivante il sentit un vif pincement à l’avant bras et cru rêver en découvrant que l’homme était maintenant en train de le mordre violement. L’épaisseur du pourpoint et l’obsession de l’agresseur pour son bras lui permirent d’extirper sa dague et de lui planter dans la cuisse. Ne réagissant nullement à la douleur cuisante qu’il aurait du ressentir, l’homme ne fit que resserrer son emprise. Tom revint à la charge et planta la lame dans le cou de l’attaquant. Au lieu de sentir une résistance comme il le prévoyait, celle-ci s’inséra dans la chair comme dans une motte de beurre frais. Transi de peur il planta et replanta la lame. Une gerbe de sang noir lui obscurci la vue mais il continua de planter sa dague jusqu'à ce que la douleur de la morsure prenne fin. A l’issu de cette lutte effrénée Tom ne pu que constater la vision qui s’imposait a lui. La lune révéla un loqueteux puant ressemblant à un cadavre visiblement abîmé. Sa tête ne tenait plus que par un fil de chair putride. Le teint du cadavre n’était plus blafard depuis longtemps mais bel et bien verdâtre et son corps était rongé par les vers.
Tom tenta de se relever pour fuir cette image mais, dérapant dans la neige, il ne fit qu’un bon mètre et vomit tout ce que pouvait contenir son estomac.

Une multitude de questions tournaient dans sa tête. Il essaya de reprendre son souffle puis de faire le tri dans ses pensées. Le sentiment de panique fut difficile à chasser. Il commença par se demander s’il était blessé, visiblement non. Ce soir il allumerait une chandelle et prierait ses ancêtres afin de les remercier de l’avoir préservé.

Il regarda le cadavre en coin sachant qu’il devrait irréfutablement l’observer à nouveau. Tom prit son courage à deux mains et vint se pencher au dessus du corps décomposé et sans vie. Visiblement cette chose avait un point commun avec le Loup recherché. L’arrière de son crâne était fracassé, et seuls quelques petits bouts de cerveau verdâtre restaient dans la cavité rose vif envahie par les vers. Comment cette chose avait elle pu marcher ? Comment cette chose avait elle pu trouver la force et l’envie de l’attaquer ? Il regarda son avant bras marqué de deux belles traces de morsures. Voulait-elle - le mot l’affolait - dévorer sa chair ?
L’idée même de pouvoir envisager qu’un cadavre se déplace lui faisait horreur. Il entrevit alors ce qui acheva de le convaincre. La mâchoire du cadavre ne tenait plus dans son axe et laissait apparaître, à la place qu’occupait la langue auparavant, des restes de chair humaine. Avec effroi il recula de plusieurs pas et entreprit de débarrasser son front et ses gants du sang qui les entachait, lorsqu’il se heurta à son deuxième assaillant.

Celui-ci beaucoup plus vif et musclé, tenait en ses mains un rondin de bois massif et entreprenait clairement de s’en servir pour défoncer le crâne de Tom. Avec chance le jeune paysan esquiva l’attaque. Un sourire malicieux, qu’il pourléchait d’une langue violette, fendait le visage de la créature qui lui faisait maintenant face. Il poussait une sorte de râle empli de gargouillis en brandissant sans aucun mal son arme improvisée à bout de bras. Sa force Herculéenne déstabilisa Tom qui tenta une retraite en esquivant le deuxième assaut. Il inclina la tête, puisque c’est bien elle qui était visée, mais pris tout de même le coup sur la hanche. En pivotant il réussi à se mettre hors d’atteinte du rondin et s’enfuit.

La neige alourdissait chacun de ses pas et sa hanche douloureuse n’arrangeait rien, sa progression était très difficile. La créature partit à sa poursuite. Comme pour ajouter en horreur à la situation, si son état de pourriture avancée le faisait claudiquer il n’eut pas à se presser. Il emboîta sans mal le pas de Tom se servant des profondes empreintes laissés par celui-ci dans la neige épaisse. La tempête s’était quelque peu apaisée et permettait au cadavre ambulant de faire de larges arcs de cercle avec son rondin, essayant d’atteindre Tom. Il riait à gorge déployée, Tom était sa proie et il prenait un plaisir tout particulier à le chasser. Son rire dément était entrecoupé de crachats mêlés de sang et de pourriture, il essayait de parler, certainement pour proférer des menaces à son encontre. Heureusement il n’y parvenait pas, cela l’aurait sûrement fait flancher.

Avec peine il parvint à sortir du bois clairsemé ne réussissant pas a semer pour autant son poursuivant. Il inspecta rapidement le paysage qui l’entourait cherchant des repaires qui l’aideraient à se situer. Il reconnu un petit écriteau enneigé qui indiquait la Passe des Frigères et su ou il était. Non loin se trouvait le Lac Miroir et avec lui une chance d’en réchapper. Le jeune paysan continua sa course effrénée en direction du Lac gelé. L’autre continuait sa marche grotesque, sûr de finir par l’attraper. Lorsqu’il atteint le bord du Lac, Tom s’élança avec toute la puissance que son corps pouvait encore lui fournir. Il glissa sur une bonne quinzaine de mètres, recula encore de quelques pas et s’immobilisa au beau milieu du Lac, debout, le regard plein de défis. Le mort vivant le regardait depuis la rive, hésitant à poser son pied à demi décharné sur la glace.

Tom rassembla ce qui lui restait de courage et s’adressa empreint d’assurance à son adversaire :
- « Que t’arrive-t-il ? Est-ce la glace qui t’effraie mon ami ? Est-ce cela qui t’empêche de me rejoindre séant ? Allons bon ! Que voilà un Grand-veneur plein d’audace et de courage ! Tu souhaites te repaitre de ma chair mais n’ose faire un pas sur le lac gelé ? »

Le discours de Tom porta ses fruits puisque son poursuivant posait déjà un premier pied en sa direction, riant comme un enfant de quatre ans. A près trois chutes il réalisa que la méthode de Tom était meilleure puisqu’il rebroussa chemin vers la rive, recula encore de quatre pas et s’élança maladroitement à son tour.

L’idée du jeune paysan fonctionna à merveille puisque son assaillant se ruait maintenant sans autre trajectoire que Tom lui-même et surtout sans évaluer la puissance de la glissade. Le rire enfantin reprit de plus belle à mesure qu’il s’approchait de sa cible, et lorsque Tom esquiva sans mal son assaillant, celui-ci poussa un cri de surprise en sentant la glace céder sous ses pieds un bon mètre plus loin. Il se débattait maintenant au beau milieu du large trou d’eau et poussait une plainte déchirante, les bras tendus en direction de Tom. Celui-ci eut presque pitié l’espace d’un instant, mais les multiples douleurs que ressentaient son corps et son âme lui rappelèrent qu’il en était mieux ainsi. Tom empoigna fermement son arc et décocha plusieurs flèches qui tranchèrent la tête de la chose et ainsi l’achevèrent.

Une vision d’Edoras face à cette bête enragée s’imposa à lui. Réalisant que sa jeune épouse pouvait être confrontée à la même situation, Tom rebroussa chemin en direction de la petite chaumière. Deux heures ! Il était à deux heures de route de sa femme, comment diable avait il pu être aussi négligent ? Le loup aurait du le mettre bien plus en alerte ! Il se maudissait de l’avoir laissée endormie à la merci du premier venu, sans autre défense que la hache se trouvant dans l’écurie.

Il ne croisa pas âme qui vive, ni même vivant sans âme sur le chemin du retour.

Son cœur battait à tout rompre lorsqu’il aperçu la chaumière se dessiner au loin. Tout avait l’air calme. Le temps lui parut comme suspendu. Tom couru comme si le malin était à ses trousses. Eperdu, son regard cherchait la moindre trace de combat, la moindre goutte de sang entachant la neige devant la maisonnette.

Rien. Rien que la neige immaculée, le bruit mat de ses pas creusant le sol et celui des rafales de vent. Il se laissa envahir par l’espoir. Il entra en trombe dans la chaumière aussi calme qu’il l’avait laissée en partant et appela Edoras. Aucun signe de réponse ne se fit entendre. Il appela plus fort encore. La panique l’envahi de nouveau. Il fit quatre pas en avant, le bras tendu vers la tenture donnant accès à leur couche lorsqu’il reçu un violent coup à l’arrière du crâne. Sa vue se troubla et il s’écroula de tout son poids sombrant vers le néant.

Lorsque Tom revint à lui une multitude de douleurs vives l’assaillirent. Sa nuque le faisait terriblement souffrir ainsi que sa cuisse, son poignet, son pied, son dos… Il ne parvint pas à recenser tous ses maux. Accablé il essayait d’ouvrir les yeux mais du sang les avait scellés en séchant. Son corps avait été trainé puis solidement ligoté à la charpente de l’écurie, il reconnaissait au touché le sapin qu’il avait lui-même taillé et travaillé.
C’est lorsque Edoras entreprit de lui briser le genou dans l’intention de le déloger de son corps que Tom ouvrit les yeux sous le coup de la douleur. Elle assénait de violents coups de bûches et ignorant complètement les hurlements rauques, comme devenue sourde, elle tira jusqu'à ce que le membre cède. La panique qu’il ressentait ne permis pas à Tom de retomber dans l’inconscience. Les yeux exorbités sous l’effet de la souffrance, il ne parvenait à respirer que par hoquets irréguliers.
Il constata que Pomme gisait à ses côtés le crâne largement ouvert, il était trop abasourdi pour laisser place à la tristesse. Son cadavre était pourtant en charpie. Edoras s’employait à arracher à pleines dents la chair soudée au tibia. Son visage et ses longues boucles blondes étaient maculés par le sang de Tom qui se mêlait à celui déjà sec de la vieille jument. Elle l’avait dévorée comme elle allait le dévorer maintenant. Et elle prendrait tout son temps. Tout en mastiquant la chair de son époux le regard plein de malice, Edoras riait comme une enfant polissonne qui vient d’accomplir un mauvais tour. Avec un peu de chance Tom se viderait lentement de son sang par ses membres avant qu’elle ne lui défonce le crâne et qu’il devienne une de ces choses.

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Défis écriture : Bataille de supers héros / super pouvoirs

Yummy savait que c’était son unique chance de faire partie des élèves soldats sélectionnés, elle savait devoir garder son calme face à la tigresse enragée qui lui faisait face. Son adversaire donnait tout ce quelle pouvait pour la mettre à terre et s’assurer sa défaite.

Ne pas réfléchir et enchainer.

Son adversaire avait facilement cinq années d’apprentissages et une force surhumaine qui lui donnaient clairement l’avantage. Yummy avait déjà encaissé de nombreux coups mais ce combat serait décisif, elle devait le gagner.

Ne pas paniquer, rester concentrée.

Si Yummy était prise plus tard elle serait une alliée de taille. Etant les deux seules filles dans toute l’école, elles ne feraient pas les difficiles. Elles s’entraideraient, c’était certain. Elle en bavait maintenant mais sans aucun doute la formation l’endurcirait et tout irait mieux après. A condition de se qualifier en battant son adversaire.

Rester concentrée, reprendre son souffle.

Sa concurrente haletait elle aussi. Yummy savait être endurante et résistante face à la douleur. Elle devait jouer là-dessus et maîtriser son esprit, surtout maîtriser son esprit. Son attaquante dans un élan gracieux lui asséna un violent coup de poing à l’épaule gauche. La douleur cuisante se diffusa du point précis de l’impact jusqu’au bout de ses doigts. Yummy vit rouge et se mit à paniquer.

Concentrée, rester concentrée, agir vite, vite, ne pas réfléchir !

Yummy tenta de riposter mais la confusion de son esprit lui fit manquer sa cible qui évita le crochet du droit en une esquive rapide. Le déséquilibre provoqué offrit largement le dos de Yummy comme une offrande à son assaillante qui saisi l’occasion et lui porta un violent coup de coude sur la colonne vertébrale dans un petit rire mesquin. Le souffle coupé, pliée à quatre pattes, elle tenta difficilement de reprendre une gorgée d’air.

Et c’est une fois au sol que toute pensée s’éteignit et lui permit de lâcher prise. Ses phalanges se repliant sur elles même, de longues griffes acérées virent le jour tandis qu’un épais duvet noir se mit à pousser recouvrant son épiderme. L’odeur du sang de son adversaire lui devenait presque palpable à mesure que son nez se métamorphosait et que d’épaisses et longues moustaches se frayaient un chemin dans la fourrure de son visage. Ses babines se retroussaient en un rictus effrayant laissant apparaître de longues canines aiguisées luisant sous le soleil pesant. Tous ses sens étaient en éveil. Les perceptions de l’animal qu’elle devenait lui permettaient de voir clairement ce qui l’entourait.

Elle senti le coup suivant venir lentement à elle, comme ralentit. Elle l’évita sans mal et pu enfin riposter en un féroce coup de griffes qui entailla profondément son adversaire à la taille. En un furtif coup de crocs elle assena la deuxième attaque et arracha un épais lambeau de chair. Le sang se répandit sur la langue rappeuse de Yummy et son goût salé éveilla chez elle le désir de tuer. Alors l’once d’humanité qui se débattait en elle refit surface, paniquant comme à chaque fois qu’elle se laissait aller à utiliser son talent sans réussir à le maîtriser.

L’animal se mit à ramper à reculons face à son adversaire. Le poil hérissé en une longue crête soulignant son épine dorsale, ses oreilles s’aplatirent. Yummy se soumit face à son adversaire qui s’écroula lourdement en un bruit sourd. Elle comprit alors que son rêve lui échappait en découvrant les visages horrifiés de la foule d’élèves et d’examinateurs l’entourant. Tout était perdu, elle n’aurait jamais du écouter son père, son talent n’était qu’une malédiction qu’elle ne pourrait jamais maitriser. Voilà tout ce qu’elle était, un animal doté de capacités incroyables perverties par un esprit humain. La solide formation qu’aurait pu lui apporter cette école lui échappait. La possibilité de maitriser son don s’envolait, ainsi que tout espoir de vivre au milieu de ses semblables.

Autour d’elle l’école commençait à retrouver son effervescence. Des élèves soigneurs s’étaient approchés de la victime mais déjà deux gardes traînaient le cadavre encore chaud laissant une traînée de sang dans leur sillage.

Meurtrie, Yummy qui avait repris une forme quasi humaine, ramassa ses maigres affaires et quitta discrètement l’enceinte de l’école. Elle se traina tant bien que mal vers un petit ruisseau en contrebas. Elle y bu à grosses gorgées et nettoya sommairement ses multiples plaies et brulures. Son corps mutilé la faisait atrocement souffrir. Elle avait alors perdu toute confiance en elle-même, tout amour propre l’avait quittée. Entrer dans cette école et la servir était son seul espoir de devenir quelqu’un. Elle voulait devenir un soldat surpuissant et servir son nouveau Maître. Même de ça elle n’en était pas capable.

Une ombre s’avança alors vers elle, un membre de la garde personnelle du Grand Maître venait la chercher. Elle était acceptée ! Elle ! Elève soldat, future guerrière ! Son cœur faillit bondir hors de sa poitrine.

Le garde, véritable colosse empestant la crasse et la sueur, empoigna Yummy par sa frêle épaule meurtrie et sans un mot l’entraîna en direction de la porte arrière de l’école. Le cœur gros, elle suivait difficilement le garde mais elle était soulagée de n’être finalement pas refusée. S’offrait à elle la possibilité de se racheter de la vie qu’elle venait de voler en servant une noble cause. Ses espoirs revenaient lentement, elle osait à peine croire à cette chance qui lui était offerte. Trop heureuse, elle ne se posa aucune question alors qu’elle était trimballée dans le dédale des couloirs sombres de l’école. Pas de dortoir, ni de cuisines, simplement des couloirs sombres et de vagues plaintes qu’elle pouvait à peine distinguer au loin. Elle n’imaginait pas l’école si austère.

Yummy ne réalisa avec horreur qu’une fois jetée dans une cellule crasse et étroite le sort qui lui était réservé. Elle s’était affreusement trompée. Si son don venait de lui donner une chance d’entrer dans l’école c’était en temps que gladiateur qu’elle avait séduit le Maître. Ce soir elle serait jetée dans l’arène et devrait laisser libre cour à ses pulsions destructrices. Son geôlier lui amenait déjà la tenue qui ne la quitterait plus. Mais elle ne ressemblait en rien à l’habit de moine guerrier dont elle avait maintes fois rêvé. Elle porterait un harnais de lanières de cuir et de fourrure.

Après tout ce rôle de tueuse sanguinaire ne lui collait-il pas déjà à la peau ?

Posté par althea_r à 09:18 - Commentaires [0]